LE LEADERSHIP, LA MOTIVATION ET LES ERREURS DE CASTING

Nommer une personne à un poste clé qui ne lui convient pas sans lui demander son avis peut être dommageable autant pour le collaborateur que pour l’entreprise.


J’ai failli tomber sur le cul.

Il était assis derrière son bureau, j’étais debout devant lui. Mon représentant de catégorie se tenait sur le côté, silencieux, comme il convient.

Ça avait d’abord commencé par une blague de merde.

L’officier adjoint logistique de l’escadron était muté dans quelques mois et on devait lui trouver un remplaçant. Un jour, je suis entré au CO et il a lancé en rigolant que ce serait moi. J’étais le plus ancien, donc le plus qualifié.

Soi-disant.

J’ai protesté et j’ai quitté le bureau sans demander mon reste.

Un poste que personne ne veut

L’officier adjoint logistique de l’escadron, c’est celui qu’on ne félicite jamais quand tout va bien. C’est celui qu’on critique quand il doit prendre des décisions impopulaires.

Personne ne veut être à sa place. C’est une fonction ingrate.

Il est avant tout responsable de toute la partie logistique des missions du commandant d’unité. Tout doit tourner sur des roulettes. Le capitaine doit se concentrer uniquement sur la tactique.

Il est donc souvent coincé entre les besoins du bureau opération et les réalités logistiques.

Un absorbeur de merde et un diffuseur de sérénité.

Affirmer son leadership

J’étais l’adjoint de mon chef de peloton depuis trois bonnes années, j’étais prêt à le remplacer à tout moment. Il m’est arrivé plusieurs fois de le remplacer sur des missions, ce qui me faisait kiffer à mort.

Être à la tête de tout un peloton, je m’y étais préparé pendant tellement longtemps, terminant premier national au brevet, participant à tous les stages possibles dans ma spécialité.

Quand on est chef de patrouille et plus tard adjoint de l’officier qui commande le peloton, on est un peu comme un chef de bande.

Notre expérience nous donne du crédit auprès des hommes et ils nous font naturellement confiance. C’est l’occasion pour nous de découvrir notre style de commandement.

En tant qu’adjoint, j’étais surtout responsable de la logistique du peloton. C’est la partie chiante du job.

La mission secondaire, la plus intéressante, c’est d’accueillir et de conseiller un jeune lieutenant de vingt-quatre ans encore boutonneux, lui parler de nos hommes, souligner leurs points forts, camoufler leurs points faibles. Et surtout, susciter l’adhésion parmi les hommes face à un jeune officier qui apprend son métier de meneurs d’hommes.

C’était un boulot que j’adorais vraiment. Une partie tactique, une petite partie logistique, et constamment au milieu des hommes, dans une position où on peut véritablement affirmer son leadership. On se prépare pour la suite et logiquement, la suite, c’est de commander un peloton.

Une erreur de casting

Alors quand le capitaine m’a convoqué au rapport pour m’annoncer qu’il m’avait proposé au chef de corps pour être le prochain officier adjoint logistique, j’ai dû me retenir sur le bureau pour ne pas tomber.

Le pire, c’est qu’il me dit: «Je sais que la logistique, ce n’est pas votre tasse de thé et que vous êtes plus à l’aise en tactique, mais vous êtes le plus ancien en service, le plus expérimenté. L’escadron a besoin de vous à ce poste. Et le chef de corps a donné son accord.»

J’ai toujours cru en la discipline, et bien que les décisions soient parfois difficiles à accepter, je continue de croire que le bien commun est supérieur au bien individuel qui est quelquefois mis en avant par un égo trop prononcé.

J’ai dit: «Mon capitaine, vous m’en voyez désolé. Je suis surpris de cette décision. Ce n’était pas du tout mon choix de carrière. Mais je suis soldat, et j’accomplirai cette mission sans état d’âme. Je peux disposer.»

Ce genre de situation arrive tout le temps, et pas qu’à l’armée. Nous ne sommes pas mieux, ni pire que les autres. L’armée, c’est une énorme boîte, c’est énormément d’argent, c’est surtout une communauté d’hommes et de femmes extraordinaires qui accomplissent chaque jour leurs missions avec dévouement.

Mais là où il y a des hommes, il y a de l’hommerie. Et les bagarres internes pour l’avancement ne sont jamais à l’avantage de ceux qui sont au-dessus de tout ça. Pour certains, l’accès au grade supérieur représente une sorte de Graal qui, une fois atteint, les dispense de toute courtoisie.

Commander des hommes est un privilège qui nous est accordé, il représente la confiance de la hiérarchie à notre égard. Commander des hommes, c’est se mettre à leur service pour les inciter à donner le meilleur d’eux-mêmes.

On ne commande bien qu’avec le cœur.

Comment démotiver les meilleurs: une recette qui a fait ses preuves

Pour que les hommes donnent le meilleur d’eux-mêmes, il faut bien les connaître afin de leur donner les responsabilités qui conviennent à leurs talents. On ne donnera pas des papiers à classer à un homme qui est incapable de rester assis à un bureau plus de quinze minutes.

Si on veut éviter les erreurs de casting, il faut placer chacun là où on est certain qu’il donnera le meilleur de lui-même.

Rien n’est plus démotivant pour un homme qui a des compétences clés dans un domaine et qui n’arrive pas à les mettre en œuvre parce qu’il est cantonné à un poste qui exige d’autres compétences.

La plupart des cadres et salariés veulent sentir que leur travail a du sens au sein de l’entreprise et ils sont fiers lorsque, grâce à leurs compétences, ils réussissent à impacter positivement les résultats de la boîte.

Ne pas pouvoir faire vivre ses compétences au quotidien est pour beaucoup une source de frustration et de démotivation.

Lorsque l’on est muté à un poste auquel on ne s’attendait pas et qui n’est pas dans la suite logique de sa carrière, on a la désagréable impression d’avoir été utilisé pour boucher un trou, que l’on n’est qu’un pion que l’on déplace pour favoriser les lécheurs de bottes.

C’est de la gestion RH de merde et les décideurs qui sont dans les bureaux font du management froid et impersonnel au détriment des hommes qui donnent leur vie à l’entreprise.

Lorsque les collaborateurs ne se sentent pas respectés en tant que personnes entières, si on ne fait pas appel à leur créativité, si on les gère comme des choses interchangeables, cela détériore considérablement l’ambiance au travail.

L’employé consciencieux ne fera que son travail, se contentant de ne suivre que les consignes, sans plus. 

Soyez inspirants

Pour susciter l’enthousiasme, il faut parler au cœur et à l’esprit des collaborateurs. Leur force de travail ne doit pas être la seule raison pour laquelle on fait appel à eux.

Nous sommes une génération de cadres qui ont besoin de comprendre afin de donner du sens à leur travail. Nous sommes une génération de cadres qui ont besoin d’être inspirés plus que d’être contrôlés.

Nous n’avons pas toujours le pouvoir de choisir les missions qui nous échoient et elles ne sont pas toutes exaltantes. En tant que cadres, nous devons parfois confier des tâches ingrates à nos collaborateurs.  Pour donner du sens à de telles missions, il faut soi-même entrevoir les objectifs finaux.

Imaginez un instant que vos collaborateurs se mettent à l’ouvrage et accomplissent leur travail au-delà de vos attentes.

Imaginez que vos collaborateurs acceptent un travail supplémentaire non par crainte de sanction, non plus en raison de votre position de chef, mais uniquement parce que c’est vous.

Ils savent que vous les comprenez, que vous êtes là pour eux, ils savent que vous leur faites confiance, et que vous les défendez auprès de la hiérarchie.

Vos collaborateurs savent que ça ne vous fait pas particulièrement plaisir de leur donner un surplus de travail, de leur faire recommencer telle ou telle tâche.  Mais inspirés par votre abnégation, par votre ardeur, votre enthousiasme, votre sens du service, ils sont prêts à tout pour vous. 

Salissez-vous les mains!

C’est en étant aux côtés de vos hommes, en partageant leur labeur, en leur trouvant des solutions et faisant preuve d’empathie qu’ils vous suivront.

Ce sont les chefs qui se rendent accessibles qui sont les plus admirés et respectés.

Accepter de se mettre les mains dans le cambouis ne remet pas en cause notre autorité.

Imaginez un monde où cadres et collaborateurs partagent la satisfaction d’avoir contribué ensemble au succès de l’entreprise. 

Inspirez vos gens et ils vous porteront vers la réussite.

Quelles sont vos astuces pour susciter l’adhésion au sein de vos équipes?  Partagez-nous votre expérience dans vos commentaires!

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About Martin B. Lortie

Spécialiste en développement du leadership, Martin aide les jeunes cadres à atteindre leurs objectifs de carrière en levant les blocages qui les empêchent de s'affirmer en tant que leaders.

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